cette Europe d’aujourd’hui…

film le président jean gabinAucun commentaire n’est nécessaire, les dialogues du film le Président parlent d’eux même (extrait en bas de page). Sorti en 1961, il retrace pourtant très bien la situation actuelle, gangrenée par la finance et les conflits d’intérêt. C’était il y a 60… Merci Henri Verneuil et Jean Gabin pour ce grand moment d’anthologie.


Petite leçon d’Europe par Jean Gabin dans « Le… par Super_Resistence

  • Messieurs, M. Chalaman vient d’évoquer en termes émouvants les victimes de la guerre… Au moment de la guerre M. Chalaman avait 10 ans, ce qui par conséquent lui donne le droit d’en parler. Étant présent sur le théâtre des opérations, je ne serais prétendre à la même objectivité. On a une mauvaise vue d’ensemble quand on voit les choses de trop près. M. Chalaman parle d’un million cinq cent mille morts. Personnellement je ne pourrais en citer qu’une poignée. Tombés tout près de moi…1
  • Le langage des chiffres a ceci de commun avec le langage des fleurs… On lui fait dire ce que l’on veut. Les chiffres parlent mais ils ne crient jamais. C’est pourquoi ils n’empêchent pas les amis de M. Chalaman de dormir. Pardonnez moi Messieurs de préférer le langage des hommes. Je le comprend mieux.1
  • Pendant toutes ces années de folie collective et d’auto destruction, je pense avoir vu tout ce qu’un homme peut voir : des populations jetées sur les routes, des enfants jetés dans la guerre… Des vainqueurs et des vaincus finalement réconciliés dans les cimetières, et que leur importance a finalement élevé au rang de curiosité touristique.
  • La paix revenue j’ai visité les mines. J’ai vu la police charger les grévistes, je l’ai vue aussi charger des chômeurs. J’ai vu la richesse de certaines contrées, et l’incroyable pauvreté de certaines autres. Et bien durant toutes ces années, je n’ai jamais cessé de penser à l’Europe. M. Chalaman lui a passé une partie de sa vie dans une banque à y penser aussi. Nous ne parlons forcement pas de la même Europe. … Tout le monde parle de l’Europe mais c’est sur la manière de faire cette Europe que l’on ne s’entend plus. C’est sur les principes essentiels que l’on s’oppose.
  • Le projet est la constitution de trusts horizontaux et verticaux, et de groupes de pressions qui maintiendront sous leur contrôle non seulement les produits du travail, mais les travailleurs eux même. On ne vous demandera plus messieurs de soutenir un ministère, mais d’appuyer un gigantesque conseil d’administration.2
  • Si cette assemblée avait conscience de son rôle, elle repousserait cette Europe des maîtres de forge et des compagnies pétrolières… Cette Europe qui a cette étrange particularité de vouloir se situer au delà des mers, c’est à dire partout sauf en Europe. Car je les connais moi ces européens à tête d’explorateurs… Et bien personnellement je trouve cette mission sujette à caution et aux profits dérisoires. Sauf évidement pour quelques affairistes en quette de fortune et quelques missionnaires en mal de conversion. Or je comprends très bien que le passif de ces entreprises n’effraie pas une assemblée ou les partis ne sont plus que des syndicats d’intérêts.
  • … je vous reproche simplement de vous être fait élire sur une liste de gauche, et de ne soutenir à l’assemblée que des projets d’inspiration patronale. Réponse : il y a des patrons de gauche, je tiens à vous l’apprendre. Réponse : il y a aussi des poissons volants mais qui ne constituent pas la majorité du genre.
  • Comment pouvez vous concilier votre fonction de député catholique démocrate avec votre métier d’avocat d’une grosse banque israélite. Réponse : voyez vous là quelque chose d’infamant ? Réponse : aucune infamie, simplement une légère contradiction dans les termes. Enfin, puisqu’elle ne vous apparaît pas…
  • Je suis certain qu’elle n’apparaîtra pas non plus pour des raisons similaires à M. Audran de Hauteville qui défend, et avec talent d’ailleurs, la cause du désarmement et dont la famille fabrique depuis plusieurs générations des armes automatiques de réputation mondiale. Réponse : Les Hauteville n’ont pas de leçon à recevoir M. Baufort. Ils pourraient par contre vous en donner. Réponse : j’en suis certain. Venant de gens qui allient la vocation de pacifiste au métier d’armurier, j’aurais en effet beaucoup de choses à apprendre.
  • M. Alexandre Bauvais est un modeste. Il aurait pu se faire élire dans 5 départements puisqu’il dirige le plus important de nos journaux de province…
  • Je vous demande pardon. A l’énoncé de tous ces titres, je réalise la folie de mon entreprise. En vous présentant ce projet, je ne vous demandais pas seulement vos voies, je vous demandais d’oublier ce que vous êtes. Un instant d’optimisme… C’est sans doute à cet optimisme que M. Chalamon faisait allusion tout à l’heure en évoquant mes bons sentiments et mes rêves périmés. La politique Messieurs devrait être une vocation. Je suis sûre qu’elle l’est pour certains d’entre vous. Mais pour le plus grand nombre, elle est un métier.
  • … Un métier qui ne rapporte pas aussi vite que beaucoup le souhaiterait et qui nécessite de grosses mises de fond. Une campagne électorale coûte cher. Mais pour certaines grosses sociétés c’est un placement amortissable en 4 ans. Et pour peu que le protégé se hisse à la présidence du conseil, alors là, le placement devient inespéré. Les financiers d’autre fois achetaient des mines à Gélizere ou a Zoha, et bien ceux d’aujourd’hui ont compris qu’il valait mieux régner à Matignon que dans l’Oubangui, et que de fabriquer un député coûtait moins cher que de dédommager un Rouénais.
  • Vous allez faire avec M. Chalamon l’Europe de la fortune contre celle du travail, l’Europe de l’industrie lourde contre celle de la paix. Et bien cette Europe là, vous la ferez sans moi.2

 

Désolée pour l’orthographe. N’hésitez pas à me corriger…